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dimanche 20 septembre 2015

Sculptures

Kizellan 2015 à Mellionnec (Côtes d'Armor)
La sentinelle de Loïc Josse

Depuis ce week-end et jusque la mi-novembre, le bourg de Mellionnec dans les Côtes d'Armor retrouve le temps de l'exposition temporaire de sculptures monumentales. Cette exposition dénommée "Kizellan",se fait dans les ruelles et chez les particuliers. C'est une occasion de découvrir les oeuvres d'artistes mais aussi le bourg lui-même, riche de maisons anciennes en granite et d'endroits remarquables comme la place de l'église ou l'ancien presbytère et son jardin. La première photo représente "La sentinelle" de Loïc Josse (bois poli)

Cette vue représente "les femmes qui tombent" de Jean-Marc Jézéquel,  en granite sculpté. Les différentes pièces sont incluses dans un périmètre limité par des panneaux, sorte de palissade ajourée qui "emprisonne" les statues de pierre.



"Totem" de Clotilde Cousin



Le  totem"Lundi" de Clotilde Cousin se situe chez un particulier et correspond à un travail d'atelier en terre cuite, peinte et polychrome, ce qui tranche sur le vert de la pelouse. Un autre totem (cette fois en "raku"), est positionné dans le même espace avec d'autres sculptures.




La "Femme à l'enfant" du sculpteur Jak est une oeuvre en granite rose positionnée sur le côté Nord-Ouest de l'église, au centre du bourg.

Oiseaux sur bois de lierre  de Clotilde Cousin
Dans l'ancien presbytère récemment  nettoyé et ouvert, les bâtiments et le jardin abritent des oeuvres intéressantes et variées comme ces oiseaux en terre cuite sur entrelacs de lierre séché et traité.
Une exposition à ne pas manquer, qui ne se déroule que tous les deux ans (voir article antérieur sur le même sujet sur ce blog).

mercredi 16 septembre 2015

Choc des images et poids des mots!

Réflexions à propos du dessin de presse et du choc des images.
Comme le dit Chaunu (dessinateur, à propos d'un dessin récent) "Il n'y a pas de caricature sans culture" (cette connaissance contre laquelle le Nazi sortait son révolver!). "Il faut en effet de l'éducation pour analyser une image, qu'il s'agisse de photographie ou de dessin". Faire la différence entre une grossière manipulation et la réalité "demande de la clairvoyance et une bonne dose d'intelligence", précisément ce qui fait le plus défaut chez un grand nombre d'internautes, souvent les plus prompts à s'enflammer sans mesure.
Il est vrai que l'adage chinois cité par Florence Pitard dans son article (OF du 11/09/2015), illustre bien le phénomène: "Quand le sage montre la lune, l'idiot regarde le doigt."
Et Michel Onfray d'enfoncer le clou:"Ainsi le "regardeur" d'un tableau, s'il s'agit d'un sage, verra ce que le sage y a mis, mais si le "regardeur" est un sot, il regardera sottement et il verra la sottise qu'il y met! Un dessin de presse suppose des prérequis: de l'intelligence, de l'humour, de la subtilité, de la culture et des références (le contraire de l'obscurantisme fanatique). Quand le sot ne voit dans le dessin que ce qu'il y met et que ce qu'il y met est aussi pauvre que lui, le dessin lui parait pauvre. Est-ce la faute du dessin? Oui dit le fou. Mais le sage sait bien que non."
A son époque, Platon ne disait pas autre chose en écrivant dans "Le Banquet" (204a) "Ce qu'il y a précisément de fâcheux dans l'ignorance, c'est que quelqu'un qui n'est pas intelligent se figure l'être dans la mesure voulue".Comme quoi l'instruction reste une priorité depuis les grecs, et ce n'est pas encore gagné!
Sources: à propos d'un article dans Ouest France du 11 septembre 2015 sur le dessin de presse de Chaunu ayant suscité un vif émoi sur Internet, par Florence Pitard.

mardi 15 septembre 2015

Poème

Dans la vallée la nuit...


Vers les sources du Blavet
Je me souviens depuis longtemps
D'instants disparus à jamais
Sur les rochers, dans la forêt
Plaintive et noire sous le vent

Le ciel de nuit a ses nuages
La lune étale son ambre douce
Sur le tapis de tendres mousses
Et je m'avance sur le rivage

Le souffle d'air porte les sons
Langage étrange des ruisseaux
Je sens le présent qui prend l'eau
Dans l'imposture des illusions.
Le breuil du chêne en Quénécan

Je vois une ombre, elfe ou cerbère?
Forme muette de monolithe
Sur une crête interdite
Où le vent passe en solitaire

J'entends les sons des déversoirs
Cette puissance ici domptée
De la rivière canalisée
S'engouffrant dans la gorge noire

Eclats bleutés des yeux ouverts
Seuil en granite de Rostrenen dans une écluse ruinée du fond du lac
Intensité d'un noir désir
Réminiscence d'un souvenir
Le lamento du temps d'hier

La nuit efface l'horizon
Le temps sans fin, poursuit sa course
Un parfum endort la raison
Et la maison près d'une source.

jeudi 10 septembre 2015

Guerledan en août 2015

La vallée du Blavet au fond du lac de Guerlédan à sec

Fin août, début septembre, la vallée du Blavet a retrouvé un couvert végétal et l'aspect général du fond du lac à sec, n'a plus rien à voir avec la vision des mois de mai-juin (voir les articles précédents sur le même sujet). Aujourd'hui, le Blavet a retrouvé son lit d'origine et serpente dans un décor verdoyant qui inspire les visiteurs toujours très nombreux sous le ciel de septembre.
Dans le fond du lac, à proximité de Mur-de-Bretagne, les restes de ce langoustier font partie des éléments incontournables du patrimoine englouti. Ce bateau acheté à St Gilles-Croix-de-Vie servait au contrôle du barrage et au passage d'une rive à l'autre dans cet endroit du lac, le plus profond. Réquisitionné par les allemands durant la dernière guerre, il est coulé par la RAF en 1943 et repose depuis sur son lit de vase.
Proche du secteur de Trégnanton, ce magnifique linteau gravé donne des indications sur l'histoire de l'auberge Thomas (date, nom des propriétaires) et démontre qu'avec les ardoises de l'Ordovicien, il est également possible de faire des pierres pour la construction. En effet, les diaclases(cassures) bizotées de ce massif de Caurel limitait souvent l'usage de ces pierres à l'ardoise de couverture. Ici, la maçonnerie est entièrement réalisée dans les schistes prélevés sur place et constitue un véritable exploit technique.
Sur le bord d'une écluse à proximité de la maison Thomas, un visiteur inspiré par les lieux a laissé un message à la méditation des passants. Comme quoi la beauté naturelle de la vallée contribue à l'agitation des neurones! C'est tout "L'art de se promener" dont parlait le philosophe Schelle en 1802.
(Cliquer sur les photos pour les agrandir).

vendredi 4 septembre 2015

De Bon-Repos à Guerlédan

Bon-Repos: si bien nommé!



Entre la célèbre abbaye cistercienne du XIIe (bâtiments actuels du XVIIIe), au bord du Blavet canalisé, sur la commune de St Gelven (Côtes d'Armor) et l'écluse n°137, dite "de Nicolo" qui marque le début du lac de Guerlédan toujours à sec, il existe un itinéraire de promenade exceptionnel, une boucle qui peut se faire dans les deux sens, entre les murs Est de l'ancien domaine de l'abbaye et l'écluse Nicolo. Un superbe chemin passe par le sommet du versant Nord de la vallée et débouche sur le parking de l'écluse n°137, avant la carrière de Bellevue. La première photo montre une magnifique ouverture en arc brisé et en pierres sèches (schiste et grès armoricain) dans le mur Sud, partie Est de l'abbaye, donnant sur une ancienne salle voûtée. Cette partie du domaine correspond à la partie la plus ancienne de ce monument dont il reste le palais abbatial du XVIIIe ayant fait l'objet d'un gros effort de restauration et aujourd'hui, propriété du Département des Côtes d'Armor.


Le long des murs, une canalisation est encore visible, passant sous cette avancée maçonnée. Elle correspondait à l'écoulement de la dérivation du Daoulas faite par les moines pour utiliser l'énergie hydraulique (meunerie, activités diverses sur métaux et verre...)



La limite de la propriété bâtie est encore matérialisée par ce mur en forme de remparts, fermant la partie Est. Au pied du mur existe encore aujourd'hui un chemin creux aux allures de douve défensive. En remontant ce chemin qui longe le mur, la vue sur celui-ci permet d'admirer l'art de l'assemblage de deux roches nettement différentes: le grès armoricain très dur et peu taillable, et l'ardoise qui  est utilisée pour caler le grès et lier le tout. La qualité de cet assemblage est démontrée par sa résistance au temps durant des siècles (ces murs seraient du XIVe ou antérieurs).



Cette photo montre un décrochement du mur avec pierres d'angle en grès armoricain. L'ensemble en pierres sèches (sans mortier) est pratiquement dans son état d'origine, ce qui montre l'exceptionnelle qualité de la maçonnerie et des maçons de cette époque.

Le chemin se poursuit au sommet de la vallée dominant le Blavet canalisé et son versant Sud entièrement boisé (forêt de Quénécan). En partie sous les hêtres et chênes, le chemin passe également par des landes fleuries de bruyères (ciliées, callunes...)où apparaissent de magnifiques affleurements de grès armoricain de l'ordovicien, à fort pendage Nord. Un endroit d'une beauté saisissante dans une nature sauvage et préservée où le marcheur méditant savoure le bon repos!                (Cliquer sur les photos pour les agrandir).

mardi 1 septembre 2015

Trésors du Centre Bretagne

Patrimoine de La Ferrière  en Côtes d'Armor
Cette commune située dans le canton de La Chèze près de Loudéac abrite des trésors insoupçonnés comme l'ensemble sculpté de "l'annonciation", une oeuvre étonnante en Kersanton, dans l'église de cette commune.
Un ange au phylactère est agenouillé devant la vierge tenant un livre ouvert dans sa main gauche. Les deux statues portent des traces de polychromie et sont datées de la fin du XIVe, début XVe siècle. Cette oeuvre de qualité exceptionnelle par la finesse de la sculpture est attribuée à l'atelier ducal du Folgoët (Léon) et s'inspire de la sculpture flamande de cette période. L'influence flamande est telle que l'origine bretonne de cette oeuvre est parfois  remise en cause. La nature pétrographique de cette roche, un lamprophyre à grain fin, tout-à-fait conforme à la Kersantite, ne permet pas de lever toute ambiguïté à ce sujet.Une étude pétrographique détaillée de cette roche serait donc nécessaire pour valider son lieu précis d'extraction (il y en a plusieurs sur le sol armoricain).
Dans la même église, il est possible de voir cette vierge à l'enfant qui est probablement l'une des plus anciennes statues encore visible en Bretagne. Cette vierge à l'enfant est datée du XIIe siècle. La vierge a perdu ses mains qui étaient rajoutées à l'ensemble monobloc. La statue est réalisée dans un tronc de tilleul.
Comment de telles oeuvres ont pu entrer dans le patrimoine de La Ferrière? Il y a peut-être une explication par le fait que sur cette commune existait dès le XIIe siècle une abbaye: Lanthénac, abbaye bénédictine disparue après la Révolution. Il pourrait donc s'agir des quelques "trésors" hérités de cette abbaye dont il ne restait plus rien dès le début du XIXe siècle (les pierres ont servi à construire des maisons à Loudéac).
Si vous passez par La Ferrière, arrêtez vous admirer ces sculptures qui ont traversé le temps et qui disent bien des choses sur les hommes qui les ont sculptées.
Note: la pierre de kersanton peut présenter des variations de couleur selon son origine d'extraction. Plusieurs carrières étaient déjà en activité au XVe siècle. C'est la nature et la variabilité en pourcentage des minéraux constitutifs qui font la couleur. Ainsi, une abondance de micas noirs (biotite) donnera une roche très sombre, alors qu'une moins forte proportion de biotite alliée au feldspath plagioclase calcosodique et  à une faible proportion de calcite et d'apatite, peut donner un faciès plus bleuté, ce qui est le cas dans cet exemple.