Libellés

mercredi 14 mai 2014

Poème

Mai 2014

 Par une nuit sans lune, ces vers se sont posés
Sur un carnet de cuir au temps des Saints de Glace
En ce début de mai, les voix de Saint Pancrace
Saint Servais et Mamère m'ont alors réveillé.


Autour de la maison, sous les pluies et le vent
De vieux rhododendrons fleurissent à nouveau
Manteau rouge de fleurs rafraîchies par les eaux
             Parures saisonnières au sacre du printemps


Sous l'ombre végétale s'abritent les mystères
De grottes invisibles et de pierres gravées
Des voûtes improbables et des roches dressées
Alimentent sans fin des mondes imaginaires.
Il en est un de Mai, bien réel et fleuri
De muguet parfumé et de boutons de roses
Les forces de la vie dans le jardin explosent
A nouveau me proposent une sublime harmonie.

C'est ici chaque année, en Mai sur la colline
Que le temps rajeuni de l'éternelle naissance
Imprime ses couleurs, ses parfums de l'enfance
Et dans ce paradis, la mémoire se ranime.

mardi 13 mai 2014

Patrimoine en Sainte Tréphine

La Stèle ou Lec'h cannelé de Sainte Tréphine (Côtes d'Armor)

Un article antérieur fait état de cette stèle de l'âge du Fer, une forme de mégalithe sculpté qui succède aux monuments du Néolithique. Les stèles de ce genre vont être utilisées selon les archéologues du XIXe comme marqueurs d'une tombe individuelle de chef local, puis souvent réemployées durant tout le Haut Moyen-Age avec, comme c'est le cas ici, des signes de christianisation.
De nombreux auteurs, archéologues, historiens ont étudié ou se sont questionnés sur cette magnifique stèle cannelée, ce qui témoigne de son exceptionnelle beauté et originalité: Délandre en 1847, A. de La Borderie en 1858, Gaultier du Mottay en 1883, Keranflec'h Kernezne en 1888, Le Mené en 1888, Seymour de Ricci en 1897, Harmois en 1910, Gildas Bernier en 1982, Pietri en 1983, Giot en 1989, Guigon en 1994. Ce dernier, archéologue, synthétise les travaux antérieurs dans une étude: "C4 Sainte Tréphine". Dans ce document, on apprend que cette imposante stèle d'environ trois mètres, de l'âge du Fer, possède une croix gravée entre les cannelures de la face sud-ouest et une inscription très difficile à déchiffrer figure sur deux lignes sous la croix mais en face ouest.
La croix gravée est une croix pattée à bras égaux de 183cm de hauteur; elle commence à 38cm au-dessus du sol. L'inscription est liée à la croix sans ambiguïté possible. Cette inscription: crux mihael, permet par la forme des lettres de la dater entre le VIIIe et le Xe siècle (Guigon 1994). Il s'agit donc d'un réemploi au Haut-Moyen-Age d'une stèle beaucoup plus ancienne de l'âge du Fer. Cette stèle dédicacée à Saint Michel laisse penser qu'elle a pu être transportée à Sainte Tréphine en provenance d'un site dédié à Saint Michel comme le Mont-Saint-Michel sur la commune de Saint Servais, à 24km au nord de Sainte Tréphine .Un hameau appelé Sainte Trefin/Treffin se trouve à 2km au nord de cette butte (Guigon). Cette stèle aurait donc été déplacée sur Sainte Tréphine lorsque le site est devenu le principal centre du culte de Ste Tréphine.
La dernière photo représente un dessin fait par Keranflec'h en 1888 sur lequel on remarque une croix au sommet de la stèle qui est implantée à proximité d'une chapelle alors en bois (aujourd'hui en granite). Il ne s'agit pas de la croix décrite en 1670 (Fonds de St Germain n°992, Bibliothèque Nationale MSfr.168 22). Ces archives indiquent que la stèle était surmontée d'une croix où des visages étaient sculptés à l'extrémité de chaque bras et un enfant sculpté figurait sur son sommet. Cette croix très originale a-t-elle été retirée et remplacée pour cause de "non conformité" ou "excentricité" jugée trop "païenne"? nous n'aurons pas la réponse. Aujourd'hui, la stèle n'a plus du tout de croix et s'altère météoriquement par son sommet plat à partie centrale en creux, mais elle mérite vraiment un détour sur Sainte Tréphine.
Sources: C4 SAINTE TREPHINE par Philippe Guigon 1994.

lundi 12 mai 2014

Archéologie Néolithique

Le menhir de Kertanguy ou Bourlousson

Pour faire le tour du site Néolithique de Quelfénec, site d'extraction de la métadolérite destinée à la fabrication des lames de haches et situé sur la commune de Plussulien (Côtes d'Armor), un  menhir en dolérite complète la liste de ceux déjà décrits précédemment.
La marche organisée par l'association "Les chemins de l'archéologie" de Plussulien le dimanche 11 mai  passait sur les affleurements de métadolérite qui constituent l'environnement géologique du célèbre site Néolithique. Malgré un temps pluvieux (mais avec de belles éclaircies!), une trentaine de marcheurs intéressés par le contexte géologique et archéologique du lieu (entre Plussulien et Saint Mayeux) ont suivi un itinéraire qui passait par les menhirs décrits dans des articles précédents comme Rohanno (dit: ar c'has), Roc'h ar Lin, Kercouédic, Kerjégu. Sur la photo, les marcheurs contournent le menhir de Kertanguy qui fait ses trois mètres au dessus du sol, les marcheurs donnent l'échelle.
Si l'on ajoute le menhir en quartzite de Saint Gildas, plus près de Laniscat, c'est le sixième mégalithe que l'on peut voir encore sur ces reliefs de Laniscat à Saint Mayeux (anticlinal). Il est également en Diabases à grain fin (dolérite) et ressemble beaucoup au menhir de Rohanno (ar c'has) mais légèrement plus haut. Ses côtés sont limités par des cassures naturelles de la roche appelées diaclases. Ce bloc a donc été judicieusement choisi par les hommes du Néolithique pour être implanté à cet endroit. Pour quelles raisons autant de mégalithes autour de ce site de Quelfénec? Le sens précis de ces implantations échappe encore aux archéologues. Ce qui est certain par contre, c'est que ce secteur était relativement peuplé dès cette période et par des communautés humaines hiérarchisées et organisées.

jeudi 8 mai 2014

Peinture et réflexions sur la maison

Nono lisant
Huile sur toile. PJ 1995
Loin du concept nord-américain de l'habitation, la maison bretonne ancienne évoque la solidité, la longévité, la quiétude, la résistance aux intempéries.
La dureté de la roche (ici du schiste sombre) se transforme en mur protecteur qui retient la lumière et la chaleur du foyer. La maison familiale est matrice maternelle, ancrage dans la roche et dans la terre, protectrice et régénératrice.
Elle évoque aussi la mémoire et le temps. Autrefois chaumière au début du XIXe, sa toiture est garnie d'ardoises peu avant la Grande Guerre.
Elle a abrité des générations et subi de multiples tempêtes. Toujours debout, elle fait le lien entre le passé et le futur. Le titre du tableau: "Nono lisant" évoque cette quiétude apaisante et le temps long de la réflexion et de la sagesse: un temps nécessaire avant la confrontation au réel extérieur et  à l'accélération exponentielle du temps.

mardi 6 mai 2014

Patrimoine rural en danger

Requiem pour un calvaire
Le patrimoine rural est fait de multiples monuments profanes ou religieux, ouvrages d'art ou modestes loges, fontaines ou mégalithes disséminés dans la campagne et menacés par la désertification, le manque de moyens et aussi, il faut bien le dire,  une certaine indifférence qui condamne plus que tout ces traces du passé, notre mémoire collective. Le cas du calvaire de Kériolet en Laniscat illustre bien cette situation.
Il y a plusieurs années maintenant, la partie sommitale de ce monument  est trouvée à terre par une personne de la commune qui  décide alors de mettre les morceaux sculptés à l'abri (dépôt communal). Le reste de la croix est également stocké dans le même dépôt. Sur la photo, on remarque les restes de  mains et les traces de décollement du corps crucifié qui montrent que cette sculpture était un monobloc de granite, ce qui en fait sa particularité.
Au dos de la croix figure un personnage tenant de sa main droite, les plis de son manteau. Ce personnage est sculpté avec ce qui ressemble à un simple voile sur la tête. Il  correspond probablement à la vierge, personnage féminin le plus représenté sur les calvaires, surtout lorsqu'il s'agit d'un personnage unique, en dehors du Christ, comme c'est le cas ici (interprétation de Jef Philippe). Ce monobloc de granite clair est assez lourd pour avoir basculé de sa colonne octogonale lorsque celle-ci a commencé à bouger. Il est certain que la taille des troncs d'arbres encore visibles aujourd'hui entre les blocs de granite du socle expliquent le démantèlement de la base et l'instabilité qui devait en découler.
La photo montre cette désorganisation de la base du calvaire, à l'origine parfaitement horizontale, et aujourd'hui disloquée par l'action des végétaux encastrés dans les joints entre les blocs de granite.
L'examen des restes du calvaire, aujourd'hui abattu, nous renseigne sur Kériolet, une terre noble sous l'Ancien Régime.
 La colonne du calvaire est brisée dans sa partie centrale. La base à section carrée est sculptée sur les quatre faces.
On trouve un dessin du manoir de Kériolet dans un ouvrage de Frotier de la Messelière. Une interrogation des nobiliaires bretons Briant de Laubrière et Potier de Courcy permet de constater que Keriolet est associé aux Gourdel et Le Gouvello. Jef Philippe était du reste au lycée de Campostal à Rostrenen avec un descendant des Le Gouvello. Cette famille a compté dans ses rangs un mystique célèbre: Pierre de Kériolet (Jef Philippe). Les armes de cette famille sont "d'argent au fer de mulet de gueules, accompagné de trois molettes de même".

Sur cette face de la base du calvaire, on peut voir ce blason couronné non lisible, à cordon externe s'évasant au sommet. D'après la généalogie de la famille à cette époque (XVIIIe), il pourrait s'agir du blason des Gourdel : "de gueules au croissant d'argent accompagné de trois roses de même". Le site: ploeuc-généalogie.over-blog.com, dans "Histoire, Généalogie et Patrimoine à Ploeuc... et ses environs" nous renseigne sur la succession de Gourdel, seigneur de Kériolet en Laniscat. Cette succession de noms figure également aux archives conservées en mairie de Laniscat.



Sur cette face, on peut lire: FAIT dessous FAIRE PAR DA dessous ME, ce qui signifie que le monument a été commandé et érigé par Dame, et la troisième face donne la suite du texte et la date.
On peut lire: DOIRIER, dessous illisible mais sans doute le E final de DOIRIERE (pour Douairière), puis KER et dessous: IOLET  avec dessous la date: 1727.
Ainsi, en 1727, un sculpteur a trempé son pain dans le jus de ce granite pour en faire un monument commandé par la Dame doirière de Kériolet et érigé alors à un carrefour de chemins dont l'un a aujourd'hui disparu. Faut-il laisser disparaître ce témoin d'une autre époque ou tenter de préserver ce qui peut encore l'être? La question est posée, mais plus qu'une affaire de moyens, c'est d'abord une affaire de volonté.

dimanche 4 mai 2014

Peinture et poème

"La vogue pour la recherche d'un ancien poème oublié"
Peinture de Reon. Huile sur toile, Légende d'Argondia (moulin du Corbeau, autrefois à Quénécan, aujourd'hui à Prague, Rép Tchèque)

C'est un masculin singulier
Au coeur des sombres mois d'hiver
Samain, Imbolc au ciel plombé
Où agonise la lumière

S'avancent Hélios, puis Sul et Bel
Pour effacer la part de l'ombre
Blavet, Sulon dans la pénombre
S'éclairent enfin d'un nouveau ciel

Aux doux parfums du mois de mai
Aux lueurs pourpres des brasiers
Beltaine triomphe désormais
Guide la vogue au chant léger

Celui d'un féminin pluriel
Triade en belle clarté lunaire
Achève alors l'oeuvre solaire
Paradis bleu, d'or et de miel

Nouvelle Hécate, blanche Sélène
Fine Artemis, regards masqués
Aux corps lascifs et dénudés
S'offrent à la vie douce et sereine

La vogue glisse sur l'eau sans fin
Parlant d'amour et de lumière
Des mots gravés dans une pierre
Témoignent encore de son chemin.

jeudi 1 mai 2014

Archéologie expérimentale

Archéologie expérimentale à Saint Ygeaux les 29 et 30 avril 2014

Ces deux journées organisées par l'association "les chemins de l'archéologie" de Plussulien, encadrées par un médiateur en archéologie expérimentale (Philippe Guillonet) auront donné un aperçu très concret de ce que les hommes du Néolithique pouvaient faire avec des outils en bois et pierre (la fameuse métadolérite de Quelfénec). Une vingtaine de personnes se sont ainsi familiarisées avec l'utilisation des haches et herminettes en attaquant la réalisation d'une pirogue de 5 à 6 mètres de longueur avec les méthodes et outils du Néolithique. Les deux premières photographies montrent le travail réalisé dans un tronc brut de peuplier, préalablement écorcé, au bout de deux journées de travail.
Sur la deuxième photo, on voit l'herminette en action. La lame de métadolérite est montée perpendiculairement à l'axe du manche. Il faut également noter au passage qu'il n'y a pas de lien entre la pièce de bois contenant la lame de pierre et le manche. L'outil est réalisé à partir d'un seul morceau de bois bien choisi: une branche qui constitue le manche est implantée naturellement  entre 45° et 70° environ du tronc de l'arbre ce qui évite un emboîtement et une ligature plus fragile qu'un monobloc. La lame est posée sur un berceau façonné dans le bois et ligaturée par des boyaux de porc ou de mouton qui enserrent fortement la lame de pierre en séchant.
La photo suivante montre deux types d'emmanchements pour les haches: l'une avec bois de cerf qui permet d'amortir les vibrations liées aux chocs de la frappe et l'autre méthode en emboîtement  dans le manche directement, construction plus facile mais plus fragile.
A côté de la construction d'une pirogue, des ateliers comme celui de réalisation du feu à partir de bois frotté et à l'aide d'un arc en côte de boeuf ont montré aux stagiaires les détails techniques à maîtriser pour obtenir du feu. Un atelier de fabrication de sifflets en terre, de perles également en terre et de pièces d'ornements polis a complété la formation
de ces journées très denses et très instructives.
Il était difficile de terminer ce stage d'initiation aux techniques et pratiques du Néolithique sans passer par la gastronomie! Une dégustation de poisson recouvert d'orties et cuit à la braise dans un recouvrement d'argile posé sur un morceau d'écorce de peuplier (celle de la pirogue) a permis aux participants d'apprécier un excellent merlu cuit à l'étouffée et sur un feu allumé comme il se doit par la méthode des hommes du Néolithique.