Libellés

mardi 27 mars 2012

Histoire

Conomor: la part de l'Histoire

A Gouarec et dans sa région, la population connait bien la légende de Conomor et l'endroit maudit du Bonnet Rouge qui recèle encore aujourd'hui les vestiges d'un ancien fort situé dans le bois de Gouarec, sur un promontoir rocheux dominant le Blavet, à la confluence de celui-ci avec le ruisseau du Pouldu.

Le Bonnet Rouge, vallée du Blavet
Que retiennent aujourd'hui les historiens à propos de ce lieu et de ce personnage légendaire?
Le lieu est cité dans un document ancien, le Cartulaire de Redon (871) dans lequel il est clairement nommé Castelcran. Ce document fait état du passage à cet endroit du roi Salomon (cousin de Nominoë et  successeur d'Erispoë son fils, après l'avoir assassiné), venu rendre un jugement dans une affaire d'usurpation de terres par le tyern Alfret ou Auffret au détriment du monastère de Saint Ducocan.On sait donc que la forteresse existait encore à ce moment là (vers 870).
 Ce fort a fait l'objet de fouilles au XIXe siècle par de Keranflerc'h-Kernezne, mettant à jour une monnaie d'argent frappée au Mans, à l'effigie d'Erispoë (851-853). Des traces d'un incendie violent ont également permis d'estimer la destruction de cette forteresse à la fin du IXe siècle, probablement par les Normands.
Castel Cran sur la crête au fond, surplombant le Blavet

Il semble à propos de Conomor que de nombreuses communes en Bretagne revendiquent son lieu de résidence, en particulier dans le Finistère. On peut donc penser qu'il s'agissait d'un personnage important vivant vers le milieu de VIe siècle. Les Historiens de cette époque (Chronique de Réginon et surtout "Historia Francorum" de Grégoire de Tours) confirment bien l'existence de ce personnage contemporain du roi Childebert, fils de Clovis mais c'est à peu près la seule certitude à propos de Conomor. En Armorique, les informations sur cette époque passent par les Légendaires bretons qui donnent à travers les "Vies de Saints" une image magnifiée et de fait partiale des vies en question. Ce qui émane toutefois de l'ensemble de ces textes (Vie de St Mélar, St Samson, St Malo, St Lunaire et surtout St Gildas), c'est que ce personnage est un obstacle à la montée en puissance de l'église bretonne qui va succéder au pouvoir et à l'organisation impériale héritée de l'occupation romaine. On peut donc penser que ce personnage, peut-être également chef de la Domnonée insulaire (Marcus Conomorius)était un païen, adversaire déclaré de l'Eglise (J.Markale; voir à ce sujet l'article de Goulven Péron: cahier du Poher n°36 de mars 2012).

chapelle de Rosquelfen

La chapelle de Rosquelfen au début des années 1900

La photo ci-dessous donne un aperçu du clocher de la chapelle avant la guerre de 14-18 (autour de 1900-1906) prise par son côté nord-ouest. Le dôme recouvert de zinc (cité dans l'article précédent) est ici bien visible. Il a été fortement endommagé par la tempête de 1987 et remplacé en 1989. Le lierre colonise une partie de la tour et les habitations situées à proximité donnent un aperçu de l'habitat de l'époque.
Clocher de la chapelle vu du Nord-Ouest

samedi 24 mars 2012

poème

Soleil de mars

L'hiver s'en va courbant le dos
Battu par un puissant soleil
Fini la bruine et les sanglots
Le temps est venu des abeilles

Le dieu Sul a chassé le froid
Mordant sur les crêtes brunies
La vie enfin reprend ses droits
Temps lumineux nait aujourd'hui
Chemin creux au Liscuis

Et l'astre flamboyant libère
Sa chaleur en ce jour doré
Les elfes dansent sur les pierres
Au chant des oiseaux et des fées

Soleil montant tue l'oiseau noir
Prince de l'hiver dans un ciel sombre
Chaleur aidant renait l'espoir
Le rire du vivant chasse l'ombre.

lundi 19 mars 2012

poème

Toul Goulig

Entends-tu sous les roches
Le murmure de l'eau
Son éternel sanglot
Dans la vallée si proche?

Dans ce chaos moussu
Brumisé par l'eau vive
La mémoire ravive
Les instants disparus


 En aval la rivière
Caresse un lit de sable
Sous l'ombre vénérable
D'un très vieux pont de pierres

Printemps reviendras-tu
Dans tes habits de fleurs
Redonner des couleurs
A ce vallon perdu?

dimanche 18 mars 2012

trésor de Laniscat et monnaies celtiques

Complément à l'article du 23 juillet 2011 (voir messages 2011)

1: apport des monnaies à la connaissance du monde celte
C'est vers la fin du Ve siècle avant JC qu'apparaissent les Celtes dans l'Histoire. La monnaie fait son apparition dès le IIIe siècle avant JC. Au départ, il ne s'agit pas d'une invention de ce peuple mais une imitation d'une monnaie d'or: le Philippe II de Macédoine (359-336) puis les monnaies de Tarente. Ces monnaies "modèles" sont d'origine méditerranéenne.
L'originalité des monnaies celtes par rapport aux monnaies de Grèce réside dans le foisonnement des formes et des motifs savants et inédits. Le vivant devient abstrait et mélangé à des motifs linéaires et courbes. La valeur artistique de ces monnaies est considérable. Elles reflètent en effet les moeurs, les croyances, la mythologie et l'art de vivre d'une civilisation qui à cette époque n'utilisait pas l'écriture. Le monnayage a donc une importance capitale dans la connaissance de la civilisation celtique de la Tène.

2: usage et rôle de la monnaie
Jusqu'à la guerre des Gaules par les romains (120 av JC), les monnaies n'étaient pas d'un usage courant chez les Celtes.Elles constituaient plutôt le trésor de grands chefs, peut-être aussi de druides, l'élite intellectuelle du monde celtique.Elles servaient aux échanges diplomatiques, paiement des mercenaires, règlements de rançons ou dettes entre tribus, voir aussi de jetons de présence dans certaines cérémonies. Leur technique de fabrication  nécessite la présence d'un véritable artiste attaché à un chef capable de l'utiliser pour frapper sa monnaie, artiste doté d'une acuité visuelle certainement exceptionnelle couplée à un sens artistique sans égal. Ce véritable langage figuré va connaître un remarquable développement et constituer une véritable audace artistique originale dans l'Europe celtique non méditerranéenne.

3: technique de fabrication
Les statères sont fabriqués par compression d'un fort coup de maillet entre deux matrices en bronze, d'une pastille de métal (or, argent et cuivre) qui se nomme "le flan". Ce flan chauffé va recevoir d'un seul coup les deux images qui ont été préalablement gravées dans la matrice de bronze et à l'envers pour que leur empreinte sur la pièce apparaisse à l'endroit. L'avers qui se nomme aussi "le droit" est la face noble de la pièce.Elle porte un motif qui évoque le prestige du pouvoir émetteur. Elle est généralement bombée.L'autre face ou revers est plus plat et orné d'une image variable. Une bonne frappe impose une parfaite superposition des deux matrices à la verticale et bien centrées.Chaque matrice de bronze est fixée dans du fer comme un coin enfoncé dans du bois, d'où son nom.Le coin immobile est le "dormant", le coin mobile est tenu à la main.Le revers présente souvent des variations par rapport à un même avers car le coin mobile résiste moins longtemps à l'usure et l'artiste doit le sculpter chaque fois que nécessaire. Environ 700 pièces peuvent être frappées par les mêmes coins(Paul-Marie Duval). En France, 9 coins gaulois sont connus et ont été étudiés en détail, ce qui permet de reconstituer le processus de frappe.
Le pouvoir émetteur de monnaies en Armorique se répartit entre Osismes à l'Ouest, Vénètes au Sud, Curiosolites(ou Coriosolites) au Nord, Redones et Namnètes à l'Est. Le trésor de Rosquelfen (545 pièces d'or allié) émane du pouvoir Osisme et l'importance du site de découverte confirme qu'il y avait à cet endroit une importante implantation celte dès le début de la Tène (INRAP).

4: figurations
Les pièces armoricaines présentent majoritairement  un cheval, animal noble qui caractérise l'aristocratie celte.Le cheval a souvent tête humaine chevelue ou parfois casquée.Autour de cet animal figure une scène de guerre ou de genre. La tendance expressionniste marquée est chargée de symbolisme mythologique et métaphysique.Finement ouvragées, ces monnaies étonnent par leur étrangeté, la liberté foisonnante de l'expression artistique.Leur étude permet de pénétrer l'univers des Celtes et spécifiquement ici des Osismes.    
Statère d'or cuivré à la tête humaine à la croix en cimier.Revers: androcéphale à gauche    surmonté d'un cercle perlé et d'une petite tête regardant vers le haut, au-dessous, le personnage ailé recroquevillé des Osismes.
Statère d'or allié à "la barrière d'hippodrome".Avers: tête humaine à la croix en cimier.Revers:cheval androcéphale à gauche surmonté d'un aurige réduit à une petite tête reliée à une roue à 4 raies (exemplaire n°5 de la trouvaille de Plouguerneau) Pièce rare et superbe.
Statère d'or cuivré.Avers: tête humaine à gauche et croix, dans le champ devant elle. Revers: cheval surmonté d'un oiseau tenant les rênes; dessous taureau enseigne (exemplaire n°37 de la vente Vinchon du 17/11/1958).
Quart de statère d'or cuivré aux types proches du statère précédent, mais ici, le cheval du revers est androcéphale et non sexué.
Statère de billon à la tête humaine à droite sommée d'un sanglier enseigne.Revers: androcéphale à gauche avec aurige réduit à une petite tête; au dessous un sanglier.
Statère de billon du même type que le précédent.
Toutes ces pièces sont Osismes et donnent un aperçu de l'extraordinaire diversité de cet art.(pièces de la vente Rossini d'octobre 2007)

samedi 17 mars 2012

poème

Le hibou

Sous une lune rousse éclairant le pays
Un hibou clairvoyant et plastronné d'hermines
En prince couronné sur son amas de ruines
Impose son magistère au monde de la nuit


Aujourd'hui souvenir au blason herminé
Dalle de cénotaphe pour un duc solitaire
Sur une faune nocturne qui désormais prospère
Ce chasseur équitable régnait incontesté

Mais de mauvais augure par les hommes accusé
Victime trop souvent de stupides croyances
Avant de disparaître dans l'éternel silence
Le hibou veille encore dans l'ardoise gravée

jeudi 15 mars 2012

chapelle de Rosquelfen 2012

Programme de restauration 2012

Cette année, le programme de restauration est centré sur le clocher de la chapelle.Construit en 1668, il a fait l'objet de travaux de restauration importants. Les derniers en date concernent le rejointoiement du parement interne et les solins en 2010, par les bénévoles de l'association "les Amis de la Chapelle de Rosquelfen". On se souviendra également des importants travaux sur la toiture en 1989, suite à l'ouragan de 1987 qui avait arraché les plaques de zinc du dôme.




 Cette vue prise au cours du chantier de 1989 montre l'ampleur du travail réalisé sur le clocher. La terminaison de celui-ci est totalement modifiée par une charpente courbe à quatre angles qui sera recouverte d'ardoises du Liscuis et qui remplace le dôme d'origine, sans arêtes et recouvert de zinc. Pour garder une certaine similitude avec l'ancien clocher en zinc, la partie terminale de la toiture reprendra l'idée de colonne de l'ancienne toiture.
Sur cette vue, le bâti en schiste montre des fissures et tassements différentiels dont le plus visible se situe sur la face ouest (entrée) à mi-hauteur (réduction d'épaisseur du mur et début de la partie enduite).



Le clocher a une emprise carrée au sol de 5m50 de côté. Les murs font 1m35 d'épaisseur et sont montés en continu jusque la toiture avec une réduction d'épaisseur à la mi-hauteur. Cette masse de pierres que l'on peut estimer à près de 220m3 pour un poids supérieur à 500 tonnes est répartie sur une surface de 30m2 et va subir l'instabilité du sol.
La chapelle est construite sur un contact géologique Est-Ouest avec présence de lentilles tuffacées chloriteuses, d'argile et de quartz, le tout dans un substrat de schistes altérés du Dinantien. Le sous-sol est donc instable et sensible aux phénomènes hydrauliques de surface. Un tassement s'est fait au fil du temps en fondation dans l'angle Sud-Ouest du clocher, provoquant une fissuration des faces Ouest et Sud. Un tassement différentiel et cassures des pierres d'entourage des ouvertures, en granite taillé est également observable: déplacement à gauche de l'ouverture haute en façade Ouest (voir photo).
La réduction d'épaisseur du mur à mi-hauteur a également favorisé la pénétration des eaux de pluie et de ruissellement de la toiture qui ne dispose pas de gouttière. L'effet de la pénétration de l'eau dans le bâti a provoqué le bombement localisé ainsi qu'un tassement différentiel.
Le travail de restauration va donc consister à remédier aux désordres constatés, à supprimer les fissures, étanchéifier l'arasement à mi-hauteur et rétablir les contours d'ouvertures.

mardi 6 mars 2012

peinture

Les portes du temps





Le présent embarqué est femme douce et sereine
Qui glisse silencieuse sous les arches des ponts
Son regard au futur où le courant l'entraîne
Efface dans son dos l'orage et ses démons


huile sur toile  55x40cm

lundi 5 mars 2012

kost-ar-c'hoat

Les journées Kost-ar-c'hoat des 3 et 4 mars à Silfiac ont confirmé l'intérêt de la population pour la danse et ce qu'elle représente à travers les générations et l'histoire du pays. Du terroir ou de bien plus loin: Anjou, Nantes, Rennes et même d'Italie, des passionnés de tous âges ont participé à la conférence, fest-noz, stage de formation à la danse et concours.

 Encore une fois, la danse du "pays des bois" (forêt de Quénécan) révèle son importance comme liant social puissant. Communicatrice de bien-être, de plaisir partagé et de bonheur, elle offre ce que seules les danses en ronde de Bretagne centrale sont capables d'offrir à toutes les générations et milieux sociaux confondus, cette fusion en un instant magique hors du temps et des soucis du quotidien.
                                                                                 

vendredi 2 mars 2012

poème

Instant diamant

Au temps des sages grecs et des anciens hébreux
Dormait dans sa structure l'inviolable mystère
D'un fragment d'univers brillant de mille feux
Un cristal de carbone lumineux solitaire

"Adamas" est la pierre que l'homme ne peut dompter
Dans la paume de la main, cristal rare et précieux
Comme un instant magique qui fait l'éternité
Cadeau limpide et pur accordé par les dieux

La morsure du temps sur elle n'a pas de prise
Et l'éclat de ses feux n'est jamais affaibli
Sur la pierre éternelle où mes larmes se brisent
Scintillent incandescents les bonheurs évanouis

Sculpture





 Dans son environnement de lierre, manteau vert qui défie les saisons, cette sculpture allégorique (félin à tête de taureau dévorant un cygne) exploite la forme naturelle d'une souche de châtaignier récupérée dans une vallée d'Ardèche il y a une douzaine d'années.




 Détails de la tête et des griffes du monstre dévorant l'oiseau blanc.





Cette vue de profil laisse voir l'une des ailes de l'oiseau et le corps de l'animal plus sombre qui s'attaque à lui.
La différence de couleur est obtenue par un traitement antiparasitaire du bois, l'ensemble est en châtaignier.